MEXICO dans ta face
Une vie de voyages en photos et en histoires vécues
Apaisement
Categories: M e x p a t

 

juliengaillard-12

Doucement, j’ai fini par lâcher prise. Un court moment. Bien sûr 2009 nous réserve encore bien des surprises et des émotions, mais il est sage de faire une pause. Ne serait-ce que pour arrêter une critique stérile de notre nouvel exode familial . Je m’en rends bien compte. Trop de choses personnelles remontent à la surface, des angoisses de gosse principalement, a bien y regarder. A l’aube de mes 39 ans surgissent encore les fantômes de mon enfance du côté de Villeurbanne. Une enfance loin d’être triste autant que je puisse m’en souvenir, mais chargée de violence et d’incompréhension. Des choses qu’un enfant ne peut appréhender. A l’époque, cette banlieue de Lyon sortait de terre, avec ses tours et ses HLM. Je me souviens de ma fascination pour la rue que grouillait de monde les jours de marché. Perché dans ma chambre au 14eme étage bien en sécurité dans ma tour de guet. Je passais des heures appuyé sur le dossier de ma chaise de bureau à inventer la vie de tous ces gens qui courraient à leurs vies plus bas. Un poste d’observation de choix, satisfaisant ma curiosité. Privé de la télévision conventionnelle par des parents jugeant (a raison, je ne l’ai compris que bien plus tard…) le média bien trop aliénant, je m’évadais avec me propres telenovellas du haut de ma chaise. Ma curiosité photographique vient sans doute aussi de là. Se mettre en retrait, avec une curiosité compulsive, et raconter une histoire en une seule photo. 

Mon poste d’observation était aussi un nid douillet protégé des aggressions de cette vie trépidante, en bas, dans la rue. A l’école, ou lors de mes trajets quotidiens, je me souviens de ces expériences violentes. Je ne peux me rappeler le nombre de fois ou je me suis fait racketter. voler, ou juste tabasser. C’est a cette époque que Babolat, le fils du boucher ma pete toutes les dents de devant. Je me souviens encore très bien de cette splendide après-midi d’été ou j’ai rencontré un nouvel ami au parc de la doua. Nous avons joué avec mon nouveau vélo flambant neuf que je venais juste de recevoir. Un Peugeot, gris métal, avec le guidon course. Un vrai rêve de gosse, avec le cales pieds chromés. Comme nous avons joué cet apres midi la! tour à tour nous étions Bernard Hinault dans l’ascension du galibier, ou Poulidor bien que nous ne l’ayons pas connu: nous copions jute nos aînés en hurlant “vas-y poupou!, vas-y poupou “. Je n’ai pas compris la suite. Mon ami d’un jour a ensuite disparu en fin de journée. Et le vélo avec lui. Au début, c’était impensable. Pourquoi aurait-il fait ça ? A il réellement et délibérément disparu emportant mon vélo tout neuf? Pourquoi aurait-il fait ça ? n’a-t-il pas joué avec moi tout le jour? pourquoi n’ai je rien vu venir ? était-il au fond jaloux ? Envieux ? Des concepts que je n’étais pas en age de comprendre. Il en résulte une grande incompréhension, un goût amer. Pourquoi ce sentiment de culpabilité aussi? puis cette rage, cette envie de vengeance. Je suis resté longtemps inconsolable et choqué. 

En arrivant au Mexique, Je revis ces périodes douloureuses de cette enfance, avec la même impuissance et incompréhension. La fille qui travaillait avec nous depuis 4 mois a volé tout ce qu’elle a pu emporter a la veille de Noël et une coquette somme d’argent. Remonte alors la même culpabilité : pourquoi n’ai je rien vu venir? suis je si naïf et si con? On se sent misérable. Bien sûr dans un premier temps on refuse d’y croire, on cherche désespérément ces choses qui ont disparu. Puis il faut se rendre à l’évidence. Le vélo a disparu. Et mon amitié avec… Et au fond ce n’est pas tant la perte des biens matériels qui est impérieusement désagréable, mais bien le fait d’avoir été trompé, abusé. On ressent alors une grande impuissance et une violente envie de vengeance. Remonte alors une haine viscérale, que seule la raison peut contenir. A quoi bon? oeil pour oeil dent pour dent ? au fond c’est exactement ce qui mène ce pays a sa perte ! Ne pas tomber dans le piège, et rester maître de sois. Puis après un peu de temps, une immense tristesse noye l’hisoire, sans plus d’explications.j’ai encore perdu mon vélo, et je ne comprends toujours pas pourquoi…

Je me sens comme le pécheur de la photo qui semble porter l’horizon tout entier sur ses épaules, dans une mer de solitude et d’incompréhension.

9 Comments to “Apaisement”

  1. LE says:

    Bonne année…

    J’aime beaucoup les deux dernières photos.

    D700 ?

  2. Titange says:

    C’est très touchant ! Jolie photo !

  3. jelena says:

    des nouvelles, c’est plutôt rassurant… je sais pas… je me sens un peu comme ton dernier post, je rentre de Finlande, comme un rêve, des films, et puis juste un grand vide encore, une sorte de vol spatio-temporel, être trompée peut-être par le temps, par le vent? Il reste un grand froid, celui du nord. Shanghai et ses tours me semblent bien loin, je pense à Eva, et bien souvent vous remercies quand fatiguée je m’endors dans ma cabane, mon cocon, mon lit chinois…
    La photo me laisse perplexe, envie de travail, de gagner, mais que faut-il perdre pour y arriver? rêves, réalités, juste une question d’angles? Cela semble brûlants de votre côtés?
    des pensées pour 200NEUF… plus de post, plus souvent…

    • mdtf says:

      Un commentaire qui me touche beaucoup Jelena. Merci. Tu sais qu’une chambre t’attend toujours de ce coté de la planete (a condition que tu ne nous ramene pas un autre adolescent attardé avec des tatouages et des piercing partout qui l’empeche de pisser doit) lol…

  4. Cristina says:

    Je me suis souvent posé ces questions, sur ce qui mène ce pays à sa perte, ce qui ne nous empêche pas de l’aimer…
    Pourquoi tant de personnes recourent à la violence? Quelle est la solution, rester digne, parler, témoigner, montrer.

    Exactement ce que vous faites….continuez.

    • mdtf says:

      Merci pour ces encouragements Crisitna. Parfois j’utilise ce blog comme exutoire, et la realité est sans doute moins noire…

  5. La Veilleuse says:

    Merci de partager vos expériences et vos photos. Beaucoup de violences, d’incompréhension, la trahison a ça de terrible que l’on se sent plus coupable que la personne incriminée.

    • mdtf says:

      Bha au fond ca ma surrement permit d’ecrire sur cette histoire d’enfance et ca oui, ca m’a fait le plus grand bien! merci pour tes commentaires et a bientot!

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