MEXICO dans ta face
Une vie de voyages en photos et en histoires vécues
De la délégation de taches, et ses difficultés culturelles: épisode 4, le Mexique…
Categories: Uncategorized

Pour en finir avec notre saga sur les spécificités culturelles, je vous ai gardé le meilleur pour la fin… Le Mexique, dernier pays en date où j’ai dû m’adapter. Même projet: repeindre le mur en bleu, en trois jours. Si je fais une compilation des épisodes précédents, ce qui consiste en réalité à utiliser ce que l’on nomme “l’expérience”, ce que cherchent tous les employeurs quand fraîchement sorti de l’université, vous cherchez fébrilement votre premier emploi… ” vous avez quoi comme expérience?” ” ben j’aimerais bien commencer par en avoir une d’expérience!” ” Ahhh, ben non ça ne va pas le faire alors…ce poste requière douze ans d’expérience dans le secteur…désolé…” le drame habituel…
Mais revenons au projet éclairé à la douce lueur de quelques 15 ans d’expérience dans le secteur, pour se rendre compte à quel point cette expérience est vaine! Mexique. Mur, peinture. Bleu. L’expérience chinoise nous dit d’être précis sur la délégation de tâches. Je commence donc par détailler le travail à mon solide obrero, qui m’écoute perplexe, il répond simplement “bueno, hay que pintar la paret no?” (” il n’y a qu’à peindre le mur non?) on sent une pointe d’ironie dans sa réponse… L’expérience française nous a mis en garde sur la créativité potentielle ” bleu le mur ok?” le gars est de plus en plus perplexe. Il commence à se demander quel numéro je suis en train de lui faire si je ne suis pas resté trop longtemps au soleil. Enfin l’expérience Suisse a démontré qu’il faut s’assurer que le travail soit fait rapidement, sans faire une œuvre d’art. Il me rassure immédiatement, il est habitué au travail vite fait, et il me répète au cas où, qu’il a bien compris, il le répète bien lentement, comme on parlerait à un enfant, puisqu’il m’a vu à moitié inquiet… Le mur, trois jours, bleu. Simple. Je le laisse à son projet, et  je disparais quelques jours histoire de le laisser bosser en paix. Aie! Erreur…
Lorsque je reviens le voir, il est en train de dormir sur son pot de peinture…stupeur! à quoi peut bien servir tellement d’expérience pour un résultat si décevant? je dois donc lui demander “que onda?” (“ca roule?”) il émerge…et commence par une ruse locale, qui consiste généralement en une excuse à rallonges des plus improbables. Pour savoir si c’est le cas il y a un truc:  La phrase commencera toujours par “lo que paso…”  (“Ce qui s’est passé…”) un classique, il commence donc par noyer le poisson avec une histoire Ubuesque incluant toute sa famille, le climat, la corruption et l’insécurité chronique… Bref, il essaye la technique hypnotique du charmeur de serpents . Mais il sent bien qu’il épuise ses chances avec un homme de tellement d’expérience, et il change sa tactique, et balance un “pinche ingeniero… ni siquiera me diste una brocha para pintar!” en gros il change par une agressivité qui contraste brutalement avec sa première explication : “enfoiré  d’ingénieur, tu ne m’as même pas fourni le pinceau…”…wow! il faut un pinceau pour peindre le mur?

Conclusion: toute expérience est valide mais elle doit s’adapter à chaque culture… Le cas du Mexique est révélateur. Au contraire de tout ce que l’on apprend en classe de management en Europe, à savoir, faire confiance, laisser son collaborateur travailler en paix, il faut faire exactement l’inverse. De ce côté du Rio Grande, la clef du succès réside dans le suivi précis et bienveillant de chaque tâche déléguée… Mon peintre a pensé que peindre le mur ne devait pas être  bien important puisque je n’ai pas pris de ses nouvelles toutes les dix minutes ces trois derniers jours… Il faut donc ici “suivre” le travail, pour obtenir le résultat…  On continue donc le grand huit professionnel, et peut être un jour, toute cette expérience prendra un sens…

1 Comment to “De la délégation de taches, et ses difficultés culturelles: épisode 4, le Mexique…”

  1. Que répondre à ce discours si ce n’est … courage… et n’oublie pas de lui acheter tout le matériel nécessaire pour ne pas salir le sol, les murs d’à côté … “usted no me dijo que no tenía que ensuciar nada señor”… mieux vaut tout anticiper !

Leave a Reply